Histoire

Flies Right Off the Ground

FROG signifiait à l’origine “Flies Right Off the Ground”.

En 1931, Charles Wilmot et Joe Mansour fondent l’entreprise International Model Aircraft Ltd (IMA). Les ateliers, Ateliers Triang (Triang Works), sont installés sur la rue Morden Road, à Merton, dans la banlieue sud de Londres. Les deux entrepreneurs espèrent bénéficier de l’engouement naissant pour l’aviation, suite aux récents exploits aéronautiques, dont la traversée de l’Atlantique par Lindberg. Cet attrait pour l’aviation se caractérise en Angleterre par des concours de modèles réduits volants très populaires. Une de ces catégories comporte des modèles réduits lancés depuis le sol et “motorisés” par un élastique entraînant l’hélice. Cette catégorie reine se nommait “Rise Off the Ground”, que deux frères qui se lançaient dans la fabrication de tels modèles renommèrent “Flies Right Off the Ground”, FROG.

Ces deux frères, les Lines Brothers, signent rapidement un accord commercial avec IMA Ltd et se mettent à produire des modèles pour IMA sous la marque FROG. En 1932, la légendaire marque FROG était née. Tandis que la gamme de maquettes volantes s’étoffe lentement, les Lines ont l’idée de produire aussi des maquettes statiques en décidant de créer une gamme à échelle constante, tandis que autres rares modèles existants étaient basés sur une dimension d’ailes constante. L’échelle choisie par FROG est le... 1/72e, c’est à dire, pour les Anglais, qui n’étaient pas au système métrique, 1 pouce représente 6 pieds : 1in : 6 ft. On note d’ailleurs que la majorité des échelles standard sont des multiples de 12 car 1 pied est égal à 12 pouces. Cette échelle du 1/72 s’imposera peu après comme l’échelle internationale standard pour les maquettes d’avion, en dépit des productions françaises, japonaises ou allemandes au 1/50, 1/75 ou 1/100.

Tandis que le projet de production des maquettes statiques avançe, le choix d’une nouvelle marque est décidée pour différencier les maquettes statiques et volantes. Tandis que les FROG resteraient volantes, les modèles statiques porteraient le nom d’un oiseau qui ne vole pas : le pingouin. La marque Penguin, filiale de FROG naquit en 1936 et sort les premières maquettes en plastique injecté à assembler au monde : 
Le Blackburn Shark Mk.II (versions roues et flotteurs)
Le prototype du Gloster Gladiator
Le Hawker Fury Mk.I
Peu après d’autres modèles allaient sortir comme le célèbre Short Empire, un rêve de collectionneurs. Le plastique utilisé est de l’acétate de cellulose.

Avec la guerre, la production Penguin s’oriente vers la production de modèles de maquettes pour l’instruction des aviateurs et des artilleurs ou spotters. On les nomme maquettes de reconnaissance. Elles possèdent les formes et dimensions les plus fidèles possibles des machines qu’elles représentent. En revanche, il n’y a pas besoin de détails intérieurs ou de lignes de structures.
L’image de la firme est revue par la réunion des deux marques FROG/Penguin sur les produits et à la fin de la guerre, les fondateurs Wilmot et Mansour quittent l’entreprise pour d’autres activités.

L’après-guerre est une période difficile pour la branche de maquettes statiques en raison des difficultés d’approvisionnement en acétate de cellulose. La production s’oriente quelques mois en grande partie vers le bois tout en conservant certaines maquettes en plastique dans la gamme. Le premier bateau fait son apparition dans cette gamme. En parallèle, l’entreprise sort aussi des maquettes toutes construites en plastique, dont des voitures. Face aux difficultés et en raison du bon résultat des autres activités, les maquettes plastiques à construire sont arrêtées en 1947. C’est la fin de la première partie de l’histoire des maquettes plastiques à construire FROG.

Légende photos :
1 - La toute première maquette volante sortie par IMA/Frog : le FROG Mk.IV Interceptor. Maquette conservée à l'Imperial War Museum.
2 - Après-guerre, Penguin sort une série de maquettes en bois. Ce Spitfire en est issu. Le bois est présenté en blocs découpés à poncer en formes.

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De Tri-ang à Novo, grandeur et décadence

Les succès d’Airfix incitent à produire de nouveau des maquettes plastiques (1955)
Dans les années 50, du côté des USA, l’économie est encore plus florissante qu’en Europe qui termine de se remettre de la guerre. Les USA sont en pleine expansion et le milieu de la maquette plastique n’échappe pas à cet âge d’or. Des marques de maquettes comme Revell, Monogram, et bien sûr Aurora se mettent à mouler des maquettes en polystyrène qui connaissent immédiatement un grand succès. En Grande-Bretagne, Airfix n’est pas en reste et lance un bateau puis le Spitfire au 1/72, réduction du Spitfire d’Aurora. FROG qui surveillait de près ces évolution réagit immédiatement en introduisant dans les deux dernières pages de son catalogue des maquettes plastiques non volantes. Héritières des Penguin, elles n’en portent plus le nom qui ne bénéficiait plus d’une bonne image de marque.

Le succès de ces nouvelles maquettes en plastique ne se fait pas attendre, même si la qualité des modèles FROG est un peu en deça de la concurrence américaine (cependant bien plus chère). La fin des années 50 voit le développement d’une gamme importante d’avions au 1/72, complétée par des modèles sans homogénéité d’échelle d’origine Comet, une marque américaine de Chicago. Les maquettes FROG sont de nouveau rentables et contribuent à la croissance d’IMA des frères Lines. 

La croissance de l’activité doit cependant être pérennisée par une bonne politique de fidélisation de la clientèle. L’essai d’enrichissement du catalogue avec les maquettes Comet n’a pas été particulièrement concluant et FROG se lance dès 1960 dans une création de moules effrennée. Principalement axée autour de l’aviation, la marque se diversifie en produisant des bateaux de guerre et scelle des accords commerciaux avec Renwal et AMT pour développer ses ventes dans le domaine des blindés et des voitures. Les maquettes de voitures ont été lancées par des maquettes au 1/16e qui en dépit d’une échelle conséquente n’étaient pas excessivement détaillées. Mais le choix des modèles typiquement britanniques a suffi à faire décoller les ventes.

Même si les maquettes plastiques se vendent bien, le groupe IMA, spécialisé dans le modélisme, comporte plusieurs activités lucratives (et filiales : USA, France, Australie, Nouvelle-Zélande...) et souhaite réorganiser son activité d’autant plus que le groupe compte maintenant Rovex suite à une association au milieu des années 60. Rovex Scale Models Ltd produit plusieurs lignes de produits dont des trains électriques ou les circuits Scalectrix entre autres. La production des maquettes FROG déménage à Margate dans le Kent, où de nouvelles machines vont être mises en route, poussant à la retraite l’outil de production de FROG qui tournait depuis plusieurs dizaines d’années.

Ce changement de responsabilité pour la marque FROG ne se passe pas sans mal car Rovex n’a pas vraiment de savoir-faire en matière aéronautique et le nouveau fabricant devra se faire aider en externe. La qualité des modèles et leur finesse s’en trouve malgré tout améliorée et la marque FROG augmente ses profits d’une année sur l’autre.

Alan Hales, un des cadres de la marque, travaille sur un rapprochement avec Hasegawa, ce qui va permettre à chacune des marques de développer son propre catalogue avec des productions du partenaire. Ces accords vont permettre à Hasegawa de diffuser au Japon des Me 410 ou des P-38 d’origine FROG et à FROG de diffuser des maquettes d’avions récents américains comme les Phantom II ou autre Bronco. Les échanges commerciaux ont au final porté sur plusieurs dizaines de références, dont des avions au 1/32 ou des bateaux.

Tout allait pour le mieux jusqu’en 1974, même si une nouvelle génération de maquettistes bien plus pointilleux commençait à voir le jour et qui reprochait à FROG son manque d’adaptation aux évolutions qualitatives du marché. Le prix de vente des maquettes FROG permettait quand même d’avoir de bonnes ventes. Cette année là vit l’arrivée d’un nouveau venu dans le monde de la maquette plastique et plus encore au Royaume-Uni. Matchbox, une entreprise réputée pour ses miniatures de voitures se lança dans la maquette plastique avec des atouts difficilement contrables par Rovex-FROG. La qualité des maquettes et la finesse des pièces, la conception simple et le faible prix de vente, enfin les grosses capacités de production de Matchbox allaient révolutionner le marché de la maquette plastique.

Malgré tout le travail sur l’image de FROG et de ses produits le marketing ne parvint pas à contrer Matchbox. La production se mit trop tard et trop dans la précipitation au travail sur de nouveaux modèles, et la seule issue que l’équipe dirigeante envisagea était la vente à l’URSS dont le plan quinquénal maitait l’accent en cette période sur la production de jouets (dont les modèles réduits). La décision d’arrêt de FROG fut prise mi-1976, la cessation effective de toute activité fut réalisée en novembre 1976. FROG était sur une bonne voix et la qualité des pièces du Anatra Anasal démontre bien qu’une amélioration des produits était possible… C’était bien trop tard et cette dernière maquette, par exemple, fut produite par Red Star qui en avait acquis le moule.
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Photo Messerschmitt Me 410 Hasegawa via Scalemates

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Il peut être intéressant de connaître l'histoire des moules des maquettes FROG et principalement ce qu'ils sont devenus après la liquidation de FROG pour acheter aujourd'hui certains modèles devenus introuvables dans leur édition originale.

Maquettes FROG d'avions de la Luftwaffe :
Ces moules ont été repris par Revell qui a ressorti les maquettes FROG dans le début des années 80 (Me 110G2/4, Dornier Do 335, Ta 152...) Certains modèles n'ont pourtant jamais reparu sous la marque Revell comme le Bf 109F...

Maquettes FROG issues de la collaboration avec Hasegawa ou d'autres marques (Renwal, AMT...) :
Conservation des moules par la marque propriétaire. Exemples : F-102, F-100, B-47E...

Maquettes FROG hors nations fascistes/nazies pendant la 2e Guerre mondiale :
La marque britannique Novo a conservé les droits de diffusion en occident des maquettes FROG à l'exception de celles mentionnées ci-dessus. Les moules (85 modèles) ont été rachetés par une société russe (Novo-Export) qui les a rééditées sous le label Novo à l'international et sous diverses formes pour le marché intérieur (23 modèles). Les qualités des pièces transparentes et des décalques sont très inégales dans les boîtes russes, mais toujours de qualité inférieure aux productions FROG originales. Les moules (ou des tirages) ont circulé en URSS sous divers noms et on retrouve des maquettes d'origine FROG dans divers pays de l'ancien bloc de l'Est.

Moules FROG non exploités :
Les moules ont été exploités par la marque Red Star Model Kits Ltd (UK), Novo Toys Ltd, Revell

Liste non exhaustive de marques (russes sauf mention contraire) ayant diffusé ou diffusant du FROG :
Alanger
Ark Models
Chematic
Cooperativa (Rép. Tchèque)
Eastern Express
Novo Export
ZTS Plastyk (Pologne) : exemple Martin 167F/Maryland
Certains modèles furent distribués en sachets sans mention de marque, ou dans des boîtes en carton de mauvaise qualité sans marque.

 
Exemple : Le Spirit of Saint Louis, en boîtage pour le marché intérieur produit par Krugozor... Indeks 166 est un rappel de la référence FROG F166, le nom du fabricant n'apparaît pas sur la boîte.
Maquette vue sur un site de vente aux enchères.